› L'amère victoire du debordisme

Posté le : 26-02-2006 Catégorie: La revue doit-elle continuer ?

Lorsque Guy Debord écrivait en 1957 qu’il ne pouvait exister à ses yeux de “situationnisme” au sens d’un corps de doctrine et qu’il n’y avait en somme qu’une “pratique expérimentale situationniste”, il n’imaginait pas que surgirait cinquante ans plus tard une hydre grimaçante nommée... “le debordisme”.

 

La théorie situationniste s’appuyait sur la critique de l’idéologie. Etait-elle le produit de son temps, comme on le martèle aujourd’hui dans la grande presse ?

 

Elle constituait en tout cas une mise en cause de la modernité, et l’Internationale situationniste ne cessa de guerroyer contre son époque.

 

Elle eut notamment pour mérite de déplacer le regard, de la scène sur laquelle s’agitaient les pantins, vers les coulisses et leurs rouages complexes.

 

Dès ses premiers textes, elle insista sur le rôle attribué aux “ fausses contestations ”, toujours médiatiques et carnavalesques. Les temps ont-ils à ce point changé ?

 

Le debordisme relève du phénomène de mode. Chacun s’attribue Debord, comme on se dispute les lambeaux du suaire de Turin. Tout fait penser à Debord : un film, une ritournelle vouée au Top 50, une pièce de théâtre, une œuvre banale gisant dans un musée. Ne pas citer Debord, c’est avouer sa ringardise. Comment, vous ne connaissez pas ? Peu importe qu’on ait lu Panégyrique ou La Société du spectacle. Seul compte l’effet d’annonce. Entre poire et fromage, on se doit de prononcer le sésame “ Guy Debord ”, comme on énonçait autrefois “ Françoise Sagan ” , “ Lin Biao ”, ou “ Roland Barthes ”.

 

L’engouement collectif draine évidemment son cortège de détracteurs. Ceux-ci conchient Debord et le tiennent pour une fausse valeur, un écrivain de seconde zone, un scribouillard dans le vent. Dans deux ans, on en parlera plus, lâchent-ils avec mépris. François George n’est pas le moins doué de ces déboulonneurs. Sous le pseudonyme de Mathurin Maugarlonne (mais pourquoi refuser le combat frontal ?) , il dépeint en une langue narquoise celui qu’il décrit comme son “seul gourou ”, et conclut sur une formule assassine : “ Debord, Jdanov au nez rouge ”.

 

Nous voici au cœur du cyclone. D’un côté, les zélateurs “ super-branchés ”. De l’autre, les fusilleurs, forcément prêts à balancer le bébé avec l’eau du bain. Notre revue fait pâle figure, sur un tel champ de bataille. Peut-on sur la question développer un regard critique et nuancé ?

 

C’est notre pari de Pascal, à nous. Dans Archives et documents situationnistes, amis et adversaires de la pensée situationniste se côtoient en bonne intelligence. Il s’agit de débattre et c’est là notre malheureuse optique. Mais cette revue résistera-t’elle longtemps ?

 

Garde-t'elle en un mot sa raison d'être, quand Debord se voit exposé dans les musées, invoqué sur les plateaux de télévision, déformé, récupéré, édulcoré ?

 

Devons nous abandonner la partie et laisser le champ libre aux debordiens (Karl Zero, Jean Daniel...) et aux antidebordiens (Régis Debray, Gérard Guégan...) ? 

 

Nous aimerions sur ce site ouvrir le dialogue.

 

Qu'en pensez vous ? Faut-il tout arrêter, ou bien l'intérêt critique justifie-t'il de continuer ?

 

Vous avez la parole.