› Une revue d'études sur l'Internationale Situationniste, et les mouvements qui l'ont précédée...

Posté le : 26-02-2006 Catégorie: Editorial

(Cet éditorial a été publié dans le premier numéro de la revue Archives et documents situationnistes, sorti en 2001).

 

D’emblée, le ton est donné.

 

Cette revue marque une rupture. Rupture avec la volonté délibérée d’entretenir le silence. Rupture avec la coutume de l’ellipse et du non dit. Rupture avec l’esprit de chapelle et les polémiques abusives.

 

Qu’on ne se méprenne pas : Archives et documents situationnistes ne prétend aucunement incarner une quelconque relève. Il ne s’agit évidemment pas d’échafauder une “nouvelle revue situationniste”, ou “pro-situationniste”, qui tenterait, avec un soupçon de vanité, de prolonger, voire d’enrichir la démarche de Guy Debord et de ses amis... Ce qui est fait est fait.

 

Nous nous plaçons sur un tout autre terrain. Les situationnistes surent, mieux que personne, dire la vérité, mais pas tout entière. Ils distillèrent les révélations comme autant d’aphorismes trompeurs et s’entourèrent avec art d’un halo de mystère. L’omerta se justifiait-elle ? Elle s’inscrivait en tout cas dans le contexte d’une guerre résolue, menée contre l’idéologie spectaculaire marchande. Il s’agissait à l’époque d’éviter toute récupération. Un combat perdu d’avance ?

 

Les temps ont maintenant changé. Le spectacle n’a certes pas relâché le joug, mais l’Internationale situationniste ne saurait être appréhendée comme auparavant. L’IS n’existe plus et Guy Debord est parti.

 

Dans un tel contexte, il nous a paru essentiel d’oser passer à la recherche. Comme son titre l’indique, Archives et Documents situationnistes se donne pour objet d’étudier l’Internationale situationniste et les mouvements qui l’ont précédée.

 

Pourquoi avoir tant attendu ? Nous ne voulons finalement que rendre justice à un courant qui a pesé de façon décisive sur le destin de la deuxième moitié du XXè siècle.

 

On ne manquera certainement pas de nous traiter de récupérateurs. J’entends d’ici les cris d’orfraies des petits marquis, pour qui Debord tient lieu de sésame mondain. Mais en quoi le dévoilement constituerait-il une récupération ?

 

L’IS fait l’objet, de la part des “institutions”, d’une célébration permanente. On ne discute pas les textes. On les vénère. On les cite. On les tronque. On s’en gargarise dans les dîners ou sur les plateaux de télévisions. Qui ne s’affiche pas debordien ?

 

Nous prenons le risque de l’étude. Nous sommes un petit groupe d’individus, “hors partis”, “hors chapelles”, “hors sectes”, “hors groupuscules”, “hors fan clubs”. Notre démarche se situe sur le strict plan de la recherche, de la critique et de la documentation. Il est capital qu’un tel travail soit maintenant accompli.

 

Il s’agit au fond d’éviter par tous les moyens que Guy Debord, Michèle Bernstein, Asger Jorn, Raoul Vaneigem, Alexander Trocchi, René Viénet, Christian Sebastiani, Constant, Jacqueline de Jong, Heimrad Prem, Hans-Peter Zimmer, Giuseppe Pinot-Gallizio, Ralph Rumney et les autres ne deviennent les idoles permanentes de cultes risibles ou suspects.

 

Il n’y aura de notre part ni ossification religieuse, ni panthéonisation médiatique.

Christophe Bourseiller